Le garçon incassable

Le garçon incassable

Florence Seyvos

Éditions de L'Olivier

  • 14 juin 2014

    A Hollywood où elle est venue pour visiter la maison de Buster Keaton, la narratrice fait un parallèle entre l'enfant de la balle, longtemps maltraité sur scène par son père et Henri, son frère ''différent'', élevé à la dure par un père qui voulait en faire un individu autonome, ''normal''. Deux enfants que la vie n'a pas épargnés mais qui sont restés droits, ont pliés sans rompre, deux enfants incassables. Deux destins tragi-comiques mais surtout deux volontés fortes, qui ne connaissent ni les lamentations, ni le découragement, ni le renoncement.

    Buster, né Joseph, mais rebaptisé de ce surnom qui signifie casse-cou après une chute spectaculaire dans les escaliers à l'âge d'un an à peine. Son père, artiste de music-hall qui n'a pas encore connu son heure de gloire, entrevoit tout de suite l'exploitation possible du talent d'un fils qui semble pouvoir subir coups et chutes sans sourciller. C'est ainsi que Joseph va participer aux spectacles de ses parents, jeté, brinquebalé, catapulté sur scène, à tel point que les services sociaux vont finir par s'en inquiéter. Mais cette expérience fondatrice fera de Joseph le plus grand acteur du cinéma muet, visage impassible, flegme à tout épreuve, résistance à toutes les catastrophes.
    L'éventuel point commun entre Buster et Henri, c'est un père très présent. Mais celui d'Henri ne cherche pas à l'exploiter, au contraire, il veut faire de lui, un garçon indépendant, lui ouvrir toutes les portes, allant même jusqu'à lui promettre qu'un jour il pourrait être prof de tennis. Henri était un beau gros bébé à la naissance mais, quelques heures après, un vaisseau s'est rompu dans son cerveau. Sourd aux douleurs, aveugle aux larmes, il lui fait subir les pires traitements pour le faire tenir droit, parler correctement, marcher fièrement. Henri pourtant n'est pas un enfant comme les autres, la vie ne lui a pas distribuer les bonnes cartes. Diminué physiquement et mentalement, il supporte l'inflexibilité et les tortures paternelles sans fléchir.

    Dans la vie, il faut savoir faire des choix : thé ou café, mer ou montagne, chocolat ou vanille, écrire une biographie de Buster Keaton ou un livre sur mon frère Henri...Mais certains indécis ne savent s'y résoudre et nous voilà avec un livre bancal qui tente de créer un lien entre la star du cinéma muet et un enfant handicapé. Les deux parties sont certes intéressantes et émouvantes mais l'auteure passe de l'une à l'autre au petit bonheur la chance et si son édifice ne s'écroule pas, c'est bien grâce à la personnalité de ses deux héros. Buster d'abord, qui a fait rire les foules sans jamais rire lui-même. Et Henri ensuite, ce frère avec lequel elle n'est pas liée par les liens du sang puisqu'il est le fils du deuxième mari de sa mère, mais qu'elle aime de tout son cœur. C'est toute la tendresse de la sœur que l'on lit entre les lignes quand elle évoque Henri mais qui disparaît quand vient le tour de Buster. La vie de l'artiste est passionnante mais la narration en est forcément plus distanciée et manque donc d'émotion. Les deux vies se mêlent, sans réelle harmonie, et sans que l'on comprenne le choix de Florence SEYVOS de les relier. Deux bonnes idées qui auraient mérité d'être traitées séparément, pourquoi pas sous forme de nouvelles ?


  • 23 juillet 2013

    La narratrice se rend à Hollywood pour mener des recherches sur la vie de Buster Keaton, figure célèbre du cinéma. Homme malléable qui effectuait des chutes, projectile qui n'avait peur d'aucune limite. Elle est aussi la soeur d'Henry, garçon handicapé, maladroit. Enfant, il devait se contraindre à des exercices de rééducation durs et douloureux. Pour Buster Keaton et Henri, le corps était mis à l'épreuve constamment. L'un en tirera la gloire, l'autre la volonté de progresser.
    Dans ce roman, les existences de Buster Keaton et Henri sont racontées en parallèle. Aucune corrélation directe n'est établie. Les points qui les relient sont des fils invisibles que l'on perçoit. Récit où le burlesque, la gaité côtoient la différence liée à l'handicap. Tout est dans la subtilité, dans ces deux vies où la pudeur cache des blessures.
    Florence Seyvos nous ouvre des univers qui semblent différents au départ mais qui au fil des pages sont liées. Miroirs tendus entre deux hommes et où le portait de la narratrice se dessine. Elle qui a toujours veillé son frère et l'a encouragé das ses progrès pour obtenir une indépendance.
    Les émotion sautent à la gorge discrètement et se déploient, le tout avec une écriture sans fioritures où chaque mot est pesé. On ressent cette constance à ne pas ne dire de trop, à laisser une place au lecteur. Un récit subtil, puissant et émouvant qui ne laisse pas indemne !


  • par (Libraire)
    5 juillet 2013

    Burlesque... ou presque !

    Je n'avais aucune raison particulière de m'intéresser à Buster Keaton mais depuis que j'ai lu ce livre, j'ai très envie de me plonger dans sa filmographie !
    D'une écriture très simple mais avec avec de vrais moments de grâce, c'est un roman sur l'enfance maltraitée et le handicap. Sur le mode d'une enquête journalistique, il raconte la face cachée de cette vedette comique du cinéma muet et de son enfance douloureuse. Trimballé, brutalisé, maltraité dans un show-burlesque dirigé par son père, l'enfant de la balle a su tirer une force de ses faiblesses. À cause de son enquête, la narratrice se souvient d'un enfant handicapé qu'elle a connu autrefois. D'un chapitre à l'autre, les deux histoires s'alternent et se répondent. C'est très sensible, très émouvant, très drôle aussi parfois. Bref, du grand art !


  • par (Libraire)
    8 juin 2013

    Deux personnages évoluent en parallèle sans jamais vraiment se croiser dans ce joli roman : Buster Keaton, célèbre acteur des années 20 connu pour son visage impassible et ses impressionnantes cascades et Henri, le frère handicapé mental de la narratrice. Pas de réel point commun entre les deux, hormis leur côté doux rêveur ; mais leurs histoires respectives entrent subtilement en résonance et s'enrichissent l'une autre. Ne serait-ce que pour son écriture sobre et pudique, ce petit texte vaut vraiment le coup d'être lu.