Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

Le regard du diable
18,00
par
6 mai 2019

Parfois, lorsqu'on alimente régulièrement un blog, on reçoit des livres non demandés de la part d'éditeurs ou d'attachés de presse, directement dans sa boîte à lettres. Ce fut le cas pour celui-ci, et je l'ai laissé traîner me disant, bon encore un polar historique, le genre fonctionne bien et les héros naissent régulièrement. Puis, je l'ai ouvert, un jour où je n'avais pas trop envie des autres livres m'attendant. Et alors ? me demandez-vous impatients. Eh bien, je n'ai pas réussi à le refermer avant la toute fin. L'époque n'est pas franchement décrite mais on la sent par des tournures de phrases, des descriptions des lieux et personnages et notamment leurs vêtements, leurs conditions de vie, les moyens d'investigation des policiers. Pour être plus précis, on est en 1808 et l'Empereur n'est que peu présent, le roman n'est pas un traité d'histoire qui nous en apprendra beaucoup sur la période, mais le format assez court – à peine 300 pages aérées, ce qui me va très bien – ne permet pas de se laisser aller à des explications historiques.

Les L'Islois tombent comme des mouches et les cadavres s'amoncellent à la morgue. Les événements s'enchaînent à un rythme à peine soutenable, maintenant le lecteur dans un état d'inquiétude et de stress quasi permanent. Pas le temps de s'ennuyer dans ce roman policier historique qui file à toute vitesse. Divine surprise donc que "Le regard du diable". Le duo d'enquêteurs fonctionne bien, il est sympathique et secondé par le lieutenant Joubert et les pêcheurs de L'Isle sur la Sorgue. L'intrigue est suffisamment retorse pour perdre le lecteur et lui faire envisager plusieurs coupables, même si quelques indices sont semés ça et là pour affiner ses doutes.

Moralité : si vous tombez sur ce livre, ne faites pas comme moi, n'hésitez pas, très bons moments assurés.

Des Hommes en noir

Anne-Marie Métailié

21,00
par
6 mai 2019

Roman touffu, très fouillé qui recèle une foultitude d'informations, de descriptions de l'état de la Colombie, de la violence qui y règne. Santiago Gamboa aime son pays et le critique donc d'autant plus aisément. Il parle de la corruption, de la prostitution, de la drogue, des riches qui s'enrichissent, s'isolent et laissent les pauvres s’appauvrir. Ces pauvres qui souvent, n'ont plus rien à quoi se raccrocher sauf à leur foi, les églises pullulent, chacune avec ses pasteurs qui prêchent pour attirer les foules et donc leur pouvoir et l'argent. Santiago Gamboa décrit aussi les paysages colombiens, les campagnes, mais aussi les villes et principalement Cali. On le suit pas à pas, jamais très vite, car il part sur pas mal de digressions intéressantes, puis sur des enquêtes secondaires ou qui semblent l'être. Pour ne pas être largué, il faut prendre son temps, mais ce n'est que pour le bien du lecteur, qui, ainsi, passera plus de temps avec Julieta et Johana, les personnages principaux du roman.

J'ai beaucoup aimé le ton direct du romancier, qui lorsqu'il décrit ses deux héroïnes le fait dans un chapitre à elles consacré, intitulé simplement "Personnages". Son récit, bien que souvent interrompu par des remarques, digressions, rebondissements, fausses pistes, est limpide et se suit avec beaucoup de plaisir. L'humour y est présent, dévastateur, sarcastique. Le ton adopté, l'ambiance donnent à cette histoire une force supplémentaire, ce petit plus qui fait d'un roman noir – qui aurait pu n'être qu'un parmi les autres – un roman noir à part, avec un message, un supplément d'âme.

Une main encombrante
par
6 mai 2019

Étonnamment court et concis pour un polar d'Henning Mankell, c'est en fait la version romancée d'une nouvelle. Entièrement consacrée à l'intrigue et moins aux personnages et à la société suédoise, elle se lit avec plaisir, vient s'intercaler en avant –dernière position des enquêtes de Kurt Wallander, juste avant "L'homme inquiet", mais n'atteint pas le niveau d'excellence des autres romans wallanderiens. C'est une manière de retrouver mon flic favori, puisque c'était la seule histoire que je n'avais pas lue (et je crois les nouvelles intitulées "La faille souterraine et autres enquêtes").

Kurt remonte le temps, et se passionne pour cette histoire qui lui permet de ne pas penser à sa retraite, à sa solitude. Elle ne le bouleversera sans doute pas autant que ses autres aventures, mais sera importante avant de passer le flambeau. Très bonne intrigue qui tient la route, ménage ses rebondissements et de laquelle on ressort satisfait du travail accompli, mais surtout avide de lire le dossier post-roman qui explique la genèse de Kurt Wallander. Une quinzaine de pages instructives, qui ne font que renforcer la haute estime que j'avais pour Henning Mankell et son héros flic, né donc en 1990, pour écrire contre le racisme qui montait dans les sociétés en général et en Suède en particulier. Le reste, je vous laisse le découvrir, une occasion de retrouver Kurt Wallander, ça ne se refuse pas.

La nuit des bras cassés
par
6 mai 2019

Version poche d'un roman qui se déroule dans les années 90, même s'il n'est pas franchement daté, quelques indices le placent dans le temps : des francs, pas d'Internet et très peu de portable et un minitel...

Trois constructions différentes pour trois histoires mêlées. L'une linéaire, celle des trois frères, qui avance au fil des jours et des heures. L'une toute en retours en arrière, celle du père des garçons, qui explique donc les raisons de l'intrigue actuelle. Et une construction à rebours pour l'instigateur de la machination. Et le tout se suit plus qu'agréablement. Tout prend racine pendant la Seconde Guerre mondiale, en Italie. Ubaldo, le père, est un fasciste convaincu, fils d'un des gardes du corps de Benito Mussolini, qui va trafiquer pour gagner de quoi vivre, puisqu'il est parti précipitamment de son pays, sans argent.

Comme à son habitude, Maurice Gouiran peuple son roman de quelques figures locales typiques, des piliers de bar, des petits vieux qui en savent plus long qu'ils ne le laissent paraître sur la vie des uns et des autres. Ces personnages secondaires apportent une touche de légèreté et un côté réaliste, humain et très ancré à Marseille, enfin à L'Estaque pour être plus précis.

Un roman policier très enlevé et je ne m'étonne point qu'il ait obtenu le Prix sang d'encre des lycéens, tant il recèle en lui tout ce que j'aime : un brin d'humour, une base historique solide qui fait un contexte fort et toujours instructif – même si, avec son héros récurrent Clovis Narigou, l'auteur va souvent plus loin dans des faits, des parties de l'histoire un peu oubliées –, une histoire bien menée avec des rebondissements, des personnages originaux, parfois hauts en couleurs, des gueules quoi.

Donc en résumé, encore un très bon roman de Maurice Gouiran, mais qui pourrait encore en douter ?

Les enquêtes de Cicéron, Tel est pris qui croyait prendre

Tel est pris qui croyait prendre

Palémon

10,00
par
6 mai 2019

Deux avertissements en quatrième de couverture : le premier : "Attention, cet ouvrage comporte certaines scènes pour adultes et un vocabulaire susceptibles de choquer les âmes chastes...", et le second : "Mise en garde de l'éditeur : De nombreux cas d'addiction ont été rapportés. Cette addiction semble irréversible et définitive. Toutefois, à ce jour, aucune plainte n'a été enregistrée." Si le premier m'incite forcément à aller y voir de plus près, d'autant plus que j'ai récemment goûté au truc avec "Tiens bon l'pinceau, y a des coulures", pour le second, il est déjà trop tard pour moi. Lorsque ces quatre-là, qui sont déjà pas mal lorsqu'ils restent dans le Val de Marne, viennent à Concarneau, c'est un peu comme trouver dans sa galette, non pas un poil pubien, mais le résultat d'une épilation intégrale. C'est voyant, ça gratte et ça passe mal.

Le Breton n'est pas réputé pour son accueil généreux envers les Parisiens, mais pour une flicque, un détective privé et une paire de gus dont on se demande à quoi elle sert si ce n'est à picoler et butiner local pour René et à se faire discret pour Momo, l'exercice est encore plus délicat. D'autant plus que l'équipe pose des questions, se mêle d'affaires privées et ne parvient pas à faire tout cela discrètement.

Encore une bonne enquête pour Cicéron qui ravira ses lecteurs dont la liste va pouvoir s'allonger en Bretagne, avec les habitants qui ont le sens de l'humour et de la dérision, car rien ni personne n'est épargné. Ouf, si Cicéron faisait dans la bien-pensance et le consensuel, on l'aimerait beaucoup moins.