Eric R.

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par (Libraire)
5 octobre 2022

SOMBRE ET LUMINEUX: MAGISTRAL

L’écriture est un acte étrange. On pense écrire sur autrui et on écrit sur soi même. Monica Sabolo nous raconte le marécage de sa vie qui prend l’eau comme son appartement inondé en permanence. Il faut alors qu’elle trouve un sujet facile, loin d’elle même et de ses préoccupations maussades. Un éclair, une émission de radio et elle trouve son sujet qui tient en deux mots : « Action directe », groupe terroriste d’extrême gauche qui assassinera notamment Georges Besse, PDG de Renault le 17 novembre 1986. « J’allais écrire un truc facile et spectaculaire, rien n’était plus éloigné que cette histoire là ». Un hasard total, du moins c’est ce que croit l’autrice mais choisit on un sujet vraiment par hasard? Très vite en épluchant les journaux de l’époque, en retrouvant un enquêteur, en surfant sur le net, en fouillant des documents photographiques, jusqu’à la névrose, une évidence nouvelle s’impose à Monica Sabolo: « Je ne savais pas encore que les années Action directe étaient faites de tout ce qui me constitue: le silence, le secret et l’écho de la violence ».

Commence alors un double récit, en parallèle, celui de l’enquête sur le mouvement d’extrême gauche, celui de sa vie depuis les mystères de sa naissance à Milan, deux récits a priori sans aucun rapport, deux récits qui finissent pourtant par s’enchâsser l’un dans l’autre, deux vies clandestines dans l’ombre du secret, du mystère. D’un côté Nathalie Ménigon, Joëlle Aubron et leurs comparses révolutionnaires, de l’autre Monica Sabolo et sa famille. Des deux côtés une récurrence: la violence.

Ces deux voix qui se rejoignent sur des questionnements identiques. Que faire de la violence? Qui sont les êtres qui nous entourent? Qu’est ce que le pardon?

Un livre bouleversant où la résilience tente, grâce à la puissance de la littérature, de trouver sa place.
Un livre essentiel de la rentrée littéraire.